Leïla Huissoud / Alice et Moi / La Pietà – Quelle(s) place(s) pour la nouvelle scène féminine ?

: 5min         

                   

Chronique écrite par Lucie Trebossen

 

Avec bientôt cinquante chroniques et interviews live dans GNIAK!, on commence à en avoir découvert quelques-uns des groupes, artistes et projets musicaux en tous genres ! Pour le plus grand bonheur de nos oreilles constamment avides de découvertes musicales ! Une question se pose toutefois : Y a-t-il vraiment si peu de filles qui font de la musique cool ?

 

Bien que j’aie ma petite idée sur la question, le constat mérite de se donner la peine d’essayer de comprendre le pourquoi du comment.

Comme la vie est bien faite, quand on commence à s’intéresser à un sujet, les références à celui-ci surviennent un peu partout au quotidien (Même effet que quand on apprend un nouveau mot, ensuite on l’entend tout le temps !). Quand je n’ai pas de musique dans les oreilles, j’écoute des podcasts. C’est un passage de la discussion entre Clémence Bodoc et Alice dans « Sois gentille, dis merci, fait un bisou » qui m’a interpellé et incité à m’intéresser au sujet. (à écouter ici, 47e minute pour le passage en question).

 

 

Alice est une chanteuse connue sous le nom de Alice et Moi. Chanteuse ? Oui, mais pas seulement. Les journalistes viennent souvent directement voir ses musiciens pour demander « Qui a écrit la musique ? » Comme si c’était inconcevable qu’elle ait fait tout ça toute seule. Elle est pourtant bien chanteuse, musicienne, compositrice, autrice et même productrice de son projet ! Evidemment elle a su s’entourer d’une équipe pour l’accompagner, mais c’est bien elle qui est aux commandes, ce projet c’est le sien.

Dans cet entretien, elle explique aussi qu’il lui est souvent rappelé que d’autres filles ont réussi et qu’il n’y a plus de place pour elle, ou encore qu’il faut qu’elle fasse attention car il y a une petite nouvelle qui arrive.

Une mise en rivalité permanente qui est fatigante et surtout essentiellement réservée aux filles.

 

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Clémence propose d’ailleurs dans l’extrait linké ci-dessus une analogie avec un championnat sportif : « C’est comme s’il y avait le championnat principal, mixte officiellement, mais composé d’hommes quasi exclusivement, et une espèce de 2e division pour les femmes. On peut monter en première division mais il n’y a bien souvent qu’une seule place ». On comprend malheureusement très bien la comparaison.

Suite à l’écoute de ce podcast, l’énergie et la détermination (la GNIAK! en fait) qu’Alice a mis dans son projet m’a donné envie de découvrir son univers musical. Une fois encore la vie est bien faite, elle jouera quelques jours plus tard à l’Espace Vie Etudiante (EVE) sur le campus grenoblois. Nouvelle surprise en consultant le line-up de la soirée : Leila Huissoud, Alice et Moi, La Pietà. Programmation 100% nouvelle scène française féminine ! Intéressant. Ce sont les associations Mix’Art et A Court de Son qu’il convient d’ailleurs de remercier pour ça. C’est décidé, je vais aller écouter.

 

 

Parce qu’on est quand même là pour parler musique, voici un rapide retour sur cette soirée de concerts. En attendant d’avoir l’opportunité de faire un jour un live report plus complet sur chacune d’entre elle.

Leila Huissoud a été la première à monter sur scène avec sa guitare et ses deux musiciens qui l’accompagnent à la contrebasse, batterie ou au piano selon les morceaux. Le décor se veut chaleureux et intimiste avec des couleurs rouges et dorées. Rouge que l’on retrouve dans les tenues des artistes, mais qui est avant tout la couleur du nez du clown Auguste, titre de l’album dont sont issues la plupart des chansons interprétées ce soir.

 

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Crédit photo : Nicolas Faus Production

De sa musique qu’elle compare au « trench de la mode : intemporel », on retiendra l’humour, la poésie des textes et ses influences des classiques de la chansons française.

Elle répond par exemple à L’orage de Brassens avec « Le vendeur de paratonnerre ». Au fil du concert, Leila a embarqué tout le monde dans son univers !

 

Crédit photo :  Quentin Dunand

Elle laisse ensuite place à Alice et Moi. Changement d’ambiance, des néons sur les micros apportent une touche électrique à la scène. Le temps pour chacun de terminer son verre et ça y est le public commence à danser sur les rythmes électro pop interprétés par Alice et ses musiciens.

 

Crédit photo :  Quentin Dunand

Avec sa voix douce et planante elle nous propose un set bien maîtrisé dont les mélodies restent encore en tête quelques jours après le concert. Habituée à remplir de plus grandes salles parisiennes, on espère la voir un jour sur la scène de La Belle Electrique à Grenoble.

 

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Crédit photo : Nicolas Faus Production

C’est La Pietà qui clôturera la soirée. Une croix en fond de scène, des fleurs sur les micros, ce décor est déconcertant. Sa présence sur scène l’est tout autant, plusieurs fois elle était justement en dehors de la scène.

Mais c’est avec aisance et énergie qu’elle déclame ses textes, criants de vérité.

Difficile de lui attribuer un style, elle nous bouscule avec un début de concert très Punk-Rock et nous surprend ensuite avec une sombre et poignante reprise de “Si Maman si” de France Gall. S’en suit un Slam, a capella de “La Fille la moins féministe de la terre”. Si jamais on avait encore un doute, là on en est sûr : ses textes ne laissent pas indifférent.  

 

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Crédit photo : Nicolas Faus Production

Que ce soit Leila qui indique entre deux chansons que l’équipe qui l’accompagne est exclusivement composée d’hommes, ou Alice et La Pietà qui sont également entourées d’hommes sur scène, on se dit qu’il y a encore des places à prendre pour les femmes. Un grand merci à A Court de Son qui a co-organisé ces concerts avec Mix’Art pour cette initiative de programmation nouvelle scène française féminine. Il y avait ce soir à Eve des fans de chacune des artistes qui ont pu en découvrir d’autres, mais aussi des curieux, comme moi, qui n’ont pas été déçus.

Alors des filles qui font de la musique cool il y en a c’est sûr, elles ont moins de visibilité c’est indéniable.

Elles pâtissent d’une crédibilité trop souvent remise en question du simple fait de leur genre.  A nous de ne pas oublier que pour chaque projet qui fait parler il y en a encore plein à découvrir. A nous de rester curieux, de les encourager et de les partager !

 

 

Pour aller plus loin…

[Ecoute] – Si le sujet vous a intéressé, je vous encourage dans un premier temps à aller écouter les trois artistes dont il est question dans cet article, musicalement il y a en a pour tous les goûts. Ou encore mieux à aller les voir en concert/festival.

[Ecoute] – Ensuite, le podcast de Clémence Bodoc, épisode avec Alice et Moi est disponible sur Youtube ou n’importe quelle application de podcast. « C’est le podcast à écouter si tu hésites encore à suivre tes rêves, défendre tes projets et que tu as besoin d’une dose de détermination et de persévérance. »

[Lecture] – L’interview de Bjork sur PitchFork « The invisible woman », qui revient sur le sujet dans les dernières questions.

[Lecture] – L’article de la sourde oreille qui se félicite, avec nuances de la présence cette année de 3 artistes féminines sur le podium des « squatteurs de festival ».

[A Suivre] Le projet de documentaire « Où sont les femmes ? Dans les musiques actuelles… » qui vient d’achever avec succès sa campagne de crowdfunding. Sortie prévue en mars 2020.

 

 

 

 

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